Les 24 violons du Roi-Soleil vont de nouveau résonner au château
C'est un projet complètement fou qui se réalise à Versailles : grâce à une opération de mécénat, le Centre de Musique Baroque de Versailles a recréé l'orchestre de ce cher Louis, ce bon vieux quatorzième du nom, tel qu'il était à l'époque. Ainsi, à l'occasion de trois concerts donnés les 15, les 16 et 17 octobre prochains dans la Galerie des Glaces et dans la Galerie des Batailles, nous pourrons découvrir ce qu'entendait la Cour de Sa Majesté.
L’orchestre à cordes créé par Lully pour la musique du Roi Soleil était un orchestre unique au monde avec ses cinq parties de cordes (dessus, hautes-contres, tailles, quintes et basses), un timbre reconnaissable entre tous, mais surtout une construction sonore insolite qui conditionna l’imaginaire de générations entières de compositeurs, et façonné leur écriture.
Patrick Cohen-Akénine, chef d’orchestre des Folies Françoises a souhaité retrouver le son de cet orchestre à cinq parties de violons, dont tous les interprètes baroques rêvent depuis des décennies. Malgré l’élan formidable qui a présidé à la redécouverte de la musique ancienne, on utilise toujours des altos, en lieu et place des hautes-contre, tailles et quintes de violon, pour jouer les « parties intermédiaires ».
Hervé Burckel de Tell, directeur général du Centre de Musique Baroque de Versailles, a décidé de passer commande à Antoine Laulhère et Giovanna Chitto’, spécialistes de la lutherie des 17ème et 18ème siècles. Le Centre de Musique Baroque de Versailles est ici au coeur de sa mission de redécouverte et de valorisation de la musique française : il s’engage à permettre la recréation des douze instruments nécessaires à la reconstitution des Vingt-quatre Violons du Roy (4 hautes-contres, 4 tailles et 4 quintes de violons). Ce projet exemplaire a déjà retenu l’intérêt des producteurs de festivals, permettant d’envisager une tournée internationale à partir de l’automne 2008 en France, Belgique, Japon, Etats-Unis, avec le concours de Culture France (Ministère des Affaires Etrangères). Les Vingt-quatre Violons du Roi, appelés également La Grande Bande, ou encore Le Violons Ordinaires de la Chambre du Roi est une formation musicale qui, de 157 jusqu'à sa suppression par un édit de 1761, fut destinée aux divertissements et cérémonies officielles de la Cour de France. Renforcée à de maintes reprises par les 1 Grands Hautbois de la Grande Écurie, elle est le premier exemple d'orchestre forme constitué sur la base d'un groupe d'instruments à cordes.
Ils étaient composés de cinq parties harmoniques couvrant plus de quatre octaves :
> 6 premiers violons
> 4 hautes-contre + 4 tailles + 4 quintes : ces douze violons qui ont disparu seront recréés par le luthier sous l’impulsion du Centre de Musique Baroque de Versailles
> 6 basses de violon
Ils étaient de tous les divertissements donnés à la Cour - bals, ballets, concerts - et de toutes les cérémonies officielles, réception de souverains, pompes funèbres... Ils se joignaient au besoin à l'orchestre de l'opéra. D’après Voltaire dans Le Siècle de Louis XIV, les Vingt-quatre Violons « étaient toute la musique de la France ». Ils ne jouissaient pas moins d’une vaste réputation à l’étranger, grâce aux recueils de danses françaises, notamment en Allemagne, en Suède, et en Angleterre.
Les violonistes de la Grande Bande faisaient partie de la corporation des ménétrier. Les ménétriers avaient tous, en ce temps-là, la double fonction de violonistes et de maîtres de danse. C'est parmi les 24 violons qu'était choisi le Roi des Violons, chef de la corporation.
Pour être musicien du roi, il y avait plusieurs conditions à remplir : être de bonne moralité (mais l'exemple de Lully prouve que la définition de moralité était large), professer la religion catholique romaine, et avoir suffisamment d'argent pour acheter sa charge. Les Violons de la Grande Bande avaient les privilèges de "commensaux de la maison du Roi". Ils étaient dispensés de l'impôt et portaient l'épée.
Ce sont ces douze violons qui ont disparu, et qui seront recréés par le luthier sous l’impulsion du Centre de Musique Baroque de Versailles. Les 24 Violons du Roi furent supprimés quand un édit de 1761 abolit les charges des musiciens de la Chapelle et de la Chambre et fusionna tous les corps en un seul. L’innovation des techniques de lutherie pour recréer des instruments d’époque. Les rares instruments «sources» : des modèles issus de violons parisiens du XVIIe et du début du XVIIIe siècle.






- un violon « trop grand » construit à Paris en 1710 – il est anonyme mais son origine et son époque ont été confirmés par J.-J. Rampal, expert à Paris ;
- une quinte de violon exposée au musée instrumental de Bruxelles ;
- un petit violoncelle à cinq cordes joué par le musicien François Poly, proche d’une quinte de violon.
- on ne connaît pas de tailles ni de hautes-contre d’époque, mais leurs proportions ont été relevées sur le traité d'Harmonie Universelle de Mersenne (1636).
L’écriture des différentes parties de violon donne au musicien une idée assez claire de la couleur sonore que chaque pupitre doit être capable de développer. Ces informations génèrent entre les luthiers et les musiciens un échange fructueux, qui permet de donner à chaque instrument un son spécifique. Les compositeurs ont souvent écrit pour un instrument en particulier ; en l’occurrence, il s’agit de procéder à la démarche inverse. L’ergonomie de chaque instrument nécessite des échanges avec les musiciens, qui doivent s’adapter à ces tailles parfois très acrobatiques.
Il existe un lien entre les techniques de construction de l’époque (en particulier le traitement minéral des bois et la technique de séchage des vernis) et la sonorité de ces instruments (leur timbre et leur résonance propre). Depuis 1995, Antoine Laulhère et Giovanna Chitto’ réalisent le vernis de ces instruments et leur traitement de bois minéral suivant des procédés du XVIIIe siècle. C’est une vraie spécificité de leur atelier de lutherie d’avoir retrouvé et développé cette technique de séchage à l’ancienne.
Programme prévisionnel du concert des Folies Françoises (Patrick Cohën-Akenine, violon et direction)
> Mercredi 15 octobre 2008, 21h, Galerie des Glaces
> Jeudi 16 octobre 2008, 21h, Galerie des Glaces
> Vendredi 17 octobre 2008, 21h, Galerie des Batailles
> Première partie
« De l’Orfeo de Rossi au récit d’Orphée (alias Lully) : dialogue entre la musique française et l’italienne »
Luigi Rossi : Orfeo (1647) – extraits : Sinfonia Les larmes d’Orfeo
Jean-Baptiste Lully :
Ballet royal de la Naissance de Vénus (1665) – extraits :
Les ombres enlèvent Euridice
Récit d’Orphée : « Dieux des enfers… »
Concert pour Orphée (second couplet) : « Je viens sans horreur… »
Bourrée pour Orphée et Euridice
Jean-Baptiste Lully :
Ballet des Muses (1666) – extraits :
Entrée d’Orphée
Récit et plainte d’Orphée, double
Jean-Baptiste Lully :
Ballet royal de la Raillerie (1659) – extraits : Ritournelle
Dialogue de la musique italienne et françoise
La louchie
Jean-Baptiste Lully :
Les Jeux pithiens (1669) – extraits :
Prélude pour les trompettes
Chœurs des Grecs : « Ouvrons tous nos yeux à l’éclat suprême »
Entrée d’Apollon et menuet de trompettes
> Deuxième partie
Jean-Baptiste Lully :
Psyché (1670) – extraits :
Intermèdes
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