Le sarcophage de Nehemsimontou retrouve une deuxième vie à Versailles
Aujourd'hui, sur le site de La Voix du Nord :
Le célèbre Boulonnais Auguste Mariette, fondateur du musée du Caire, l'a toujours affirmé : c'est l'observation du sarcophage médian de Nehemsimontou, acquis au tout début du XIXe siècle par le musée de Boulogne, qui lui instilla le goût de l'égyptologie. Ce beau cercueil en bois polychrome, daté du VIe siècle avant J.-C., a quitté Boulogne en 2005, à la fin de la grande exposition consacrée à Mariette. « Il y avait des suspicions de fragilité et d'infestation par les insectes, explique Anne-Claire Laronde, conservatrice du Château-musée, et c'était aussi l'occasion de se lancer dans une étude poussée de cet objet que beaucoup d'égyptologues avaient découvert pendant l'exposition ». L'opportunité, aussi, de "nettoyer" le sarcophage de ses restaurations les plus récentes - datant des années cinquante - qui « masquaient la plus grande partie de l'oeuvre ». Celle-ci n'avait en effet plus vraiment son apparence d'origine... notamment à cause de « masticages très invasifs qui débordaient beaucoup sur les peintures ». Ses pieds, par exemple, étaient complètement recouverts d'un mastic marron alors qu'ils étaient originellement ornés de peintures !
Cinq docteurs pour un lifting Le lifting entrepris depuis près de trois ans se déroule au Centre de restauration des musées de France de Versailles. Il est actuellement effectué par une équipe de cinq spécialistes des sarcophages égyptiens, placée sous la direction d'un comité scientifique où siège notamment le Louvre, le Collège de France... et Anne-Claire Laronde elle-même. Lors de son arrivée à Versailles fin 2005, le sarcophage a tout d'abord été placé en anoxie pendant 2-3 semaines, c'est-à-dire privé d'oxygène. Il a revêtu une sorte de combinaison en papier métallique hermétiquement fermée dans laquelle était injectée de l'azote. Ceci afin de faire passer de vie à trépas toutes les larves qui pouvaient avoir colonisé le bois. Ensuite a débuté une longue phase de diagnostic sur l'état de l'objet. Observations réalisées avec des microscopes très spécifiques, analyses des pigments et des bois... On a alors découvert que la « boîte » était faite en bois de figuier sycomore.
La radiographie a aussi révélé qu'il avait été encore plus restauré que prévu... Notamment « avec des morceaux de plâtre cloués dans le bois ! » La question a alors été d'arriver à séparer les restaurations effectuées au XIXe siècle de celles du XXe, les premières étant beaucoup moins grossières que les secondes... Par exemple, au siècle de Mariette, on utilisait des colles de poisson, facilement réversibles. Plus de 100 ans plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, les personnes chargées de restaurer n'ont pas hésité à recourir à des « colles très dures », moins respectueuses des oeuvres. Sans doute tout simplement pour des raisons financières (*)... Peu à peu, avec une minutie extrême, les « médecins » au chevet du cercueil l'ont déshabillé et lui ont retiré ces différents « emplâtres ». Après cette longue période de « dérestauration », la seconde phase, de « restauration en elle-même », va enfin pouvoir débuter. Retour à la maison... courant 2009 « Les restaurateurs vont bientôt commencer à réintégrer des matériaux qui respectent vraiment le sarcophage », précise Anne-Claire Laronde. Des matériaux qui ne « dégradent pas l'objet » et qui pourront, à l'avenir, être retirés plus facilement que leurs prédécesseurs. Par exemple de la poudre de bois ou de la gouache, des solvants pour décrasser aussi. Tout cela, armés d'instruments à la précision chirurgicale : bistouris, scalpels, petits pinceaux... Dans un premier temps, il va s'agir « essentiellement de boucher les fentes », puis un professeur du Collège de France expertisera les hiéroglyphes.
Ce chantier, suivi de très près par la conservatrice, qui se rend à Versailles tous les 2-3 mois pour prendre les décisions en tant que « responsable scientifique de la collection » et représentante de Boulogne, devrait se poursuivre jusqu'au printemps. Le sarcophage retrouvera la section égyptienne du château-musée courant 2009... La momie, qui se sentait bien seule, retrouvera enfin son fidèle voisin ! • > (*) Auguste Mariette, déjà en son temps, avait relevé des incohérences en observant attentivement le sarcophage. Normal, puisque celui-ci avait déjà été restauré - avec quelques erreurs - au XIXe siècle.
Le célèbre Boulonnais Auguste Mariette, fondateur du musée du Caire, l'a toujours affirmé : c'est l'observation du sarcophage médian de Nehemsimontou, acquis au tout début du XIXe siècle par le musée de Boulogne, qui lui instilla le goût de l'égyptologie. Ce beau cercueil en bois polychrome, daté du VIe siècle avant J.-C., a quitté Boulogne en 2005, à la fin de la grande exposition consacrée à Mariette. « Il y avait des suspicions de fragilité et d'infestation par les insectes, explique Anne-Claire Laronde, conservatrice du Château-musée, et c'était aussi l'occasion de se lancer dans une étude poussée de cet objet que beaucoup d'égyptologues avaient découvert pendant l'exposition ». L'opportunité, aussi, de "nettoyer" le sarcophage de ses restaurations les plus récentes - datant des années cinquante - qui « masquaient la plus grande partie de l'oeuvre ». Celle-ci n'avait en effet plus vraiment son apparence d'origine... notamment à cause de « masticages très invasifs qui débordaient beaucoup sur les peintures ». Ses pieds, par exemple, étaient complètement recouverts d'un mastic marron alors qu'ils étaient originellement ornés de peintures !Cinq docteurs pour un lifting Le lifting entrepris depuis près de trois ans se déroule au Centre de restauration des musées de France de Versailles. Il est actuellement effectué par une équipe de cinq spécialistes des sarcophages égyptiens, placée sous la direction d'un comité scientifique où siège notamment le Louvre, le Collège de France... et Anne-Claire Laronde elle-même. Lors de son arrivée à Versailles fin 2005, le sarcophage a tout d'abord été placé en anoxie pendant 2-3 semaines, c'est-à-dire privé d'oxygène. Il a revêtu une sorte de combinaison en papier métallique hermétiquement fermée dans laquelle était injectée de l'azote. Ceci afin de faire passer de vie à trépas toutes les larves qui pouvaient avoir colonisé le bois. Ensuite a débuté une longue phase de diagnostic sur l'état de l'objet. Observations réalisées avec des microscopes très spécifiques, analyses des pigments et des bois... On a alors découvert que la « boîte » était faite en bois de figuier sycomore.
La radiographie a aussi révélé qu'il avait été encore plus restauré que prévu... Notamment « avec des morceaux de plâtre cloués dans le bois ! » La question a alors été d'arriver à séparer les restaurations effectuées au XIXe siècle de celles du XXe, les premières étant beaucoup moins grossières que les secondes... Par exemple, au siècle de Mariette, on utilisait des colles de poisson, facilement réversibles. Plus de 100 ans plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, les personnes chargées de restaurer n'ont pas hésité à recourir à des « colles très dures », moins respectueuses des oeuvres. Sans doute tout simplement pour des raisons financières (*)... Peu à peu, avec une minutie extrême, les « médecins » au chevet du cercueil l'ont déshabillé et lui ont retiré ces différents « emplâtres ». Après cette longue période de « dérestauration », la seconde phase, de « restauration en elle-même », va enfin pouvoir débuter. Retour à la maison... courant 2009 « Les restaurateurs vont bientôt commencer à réintégrer des matériaux qui respectent vraiment le sarcophage », précise Anne-Claire Laronde. Des matériaux qui ne « dégradent pas l'objet » et qui pourront, à l'avenir, être retirés plus facilement que leurs prédécesseurs. Par exemple de la poudre de bois ou de la gouache, des solvants pour décrasser aussi. Tout cela, armés d'instruments à la précision chirurgicale : bistouris, scalpels, petits pinceaux... Dans un premier temps, il va s'agir « essentiellement de boucher les fentes », puis un professeur du Collège de France expertisera les hiéroglyphes.
Ce chantier, suivi de très près par la conservatrice, qui se rend à Versailles tous les 2-3 mois pour prendre les décisions en tant que « responsable scientifique de la collection » et représentante de Boulogne, devrait se poursuivre jusqu'au printemps. Le sarcophage retrouvera la section égyptienne du château-musée courant 2009... La momie, qui se sentait bien seule, retrouvera enfin son fidèle voisin ! • > (*) Auguste Mariette, déjà en son temps, avait relevé des incohérences en observant attentivement le sarcophage. Normal, puisque celui-ci avait déjà été restauré - avec quelques erreurs - au XIXe siècle.
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